Alors alors alors,
Je sais que vous êtes tous là pour connaître la suite et vivre à notre rythme, l'avancée de nos aventures Sookhais'ienne.
A savoir, si nous allons recevoir notre pompe dans les temps, pour que je puisse aller à Trinidad en bateau!
Ben ça tombe très bien!!
Parce que si nous n'avons pas de bonnes nouvelles ce matin, (c'est à dire qu'elle est prète et qu'il nous la réexpedie aujourd'hui!) ben ça sera trop tard pour envisager la navigation.
Je ne serai pas dans les temps pour prendre l'avion du retour.
Alors nous vérifions 100 fois que le téléphone est bien réglé, que nous ne manquerons pas l'appel.
Pour l'occasion, nous lui avons même attribué une autre sonnerie!
Et pour Sookhai's, ce sera un tonitruant "Light my fire" des Doors.
Les mails sont aussi vérifiés régulièrement, puisque la gentille secrétaire, Chystal, peut préférer nous écrire...
On ne lui en voudra pas!
Et nous attendons, impatiemment!
Le quotidien, lui, a quand même besoin de nous, faut pas mollir.
Tous les jours ont leurs lots de chose à faire.
Et surprise, nous avons peut être une piste pour trouver notre grâal, à savoir du real tabaco, entendez du tabac à rouler!!
Alors nous allons explorer cette piste!
En ville, nous en profiterons pour faire le plein de fruits, et de fromage.
Ce qui résume à peu prêt bien notre alimentation.
Ha j'oubliais,  nous tournons aussi au Schweppes Club Soda et jus d'orange concentré.

Voilà pour la liste des courses en ville!
Et plus terre à terre, si j'ose dire: 
NOUS AVONS AUSSI A FAIRE LE PLEIN D'EAU DOUCE!!
3 jours que le réservoir est vide et que nous retardons le moment d'aller faire les pleins...
On est sur les réserves des jerricans.
Ce matin, il nous reste 15 litres...
On a beau se gargariser avec humour du fait que nous soyons "larges..." il va falloir s'y coller!
Pas moyen d'y couper aujourd'hui.
Alors nous espèrons que la houle ne sera pas trop forte, et que nous pourrons accrocher l'annexe sur le côté pour facilité la manoeuvre.
Idéalement, il nous faudrait 2 jerricans de plus.
* nota bene: rajouter sur la liste des choses à prendre en ville.
Nous voilà partis!
On vérifie bien qu'on a tout dans les sacs à dos, pas question de revenir chercher quelque chose.
Il nous faut: les téléphones, les portefeuilles, les cigarettes et briquet, et nos chaussures!!
Et oui, vous l'avez compris, on part pieds nus!
Le seul bémol, c'est quand on arrive sur le quai et qu'on a pas les chaussures, arghh grrr pffff....!!!
Et encore, je reste polie!!!
Mais le bon côté de cette vie, c'est que les leçons, on les retient!
Quand ça vous arrive, une fois chacun... je peux vous dire que plus personne n'oublie ses chaussures!
Bref, laissons de côté ces considérations purement techniques...
Samedi matin, on nous a indiqué un grand magasin grossiste en" vices cachés" ou en vices assumés si vous préférez.
C'est à dire grossiste en alcool et tabac.
Nous n'avons qu'un de ces 2 vices mais c'est suffisant!
Samedi c'était fermé, mais aujourd'hui lundi tous les espoirs sont permis.
Nous partons confiant, de bonne humeur, (presque la marguerite aux lèvres), entre 2 averses, et pendant que la marée n'est pas trop basse.
Ca sifflote pas, mais presque!
Et nous voilà dans le haut de la ville, un quartier que nous n'avions pas encore exploré.
Le grossiste est bien ouvert, mais plutôt qu'un gros magasin, nous trouvons une toute petite guitoune, avec vitre teintée, et barreaux tous les 8 cms...
Le monsieur derrière ses barreaux se sent certainement en sécurité, du moins ou lui souhaite!!
Nous, on le devine à peine, au travers les 5 cm qu'il daigne nous ouvrir...
Nous y allons de notre petite question remplie d'espoir:
           - We're looking for a real tabaco, Have 'you got it?
           - What? Real tabaco?? Nooooo I haven't got that...!!
Et presque il nous claquerait sa petite guitoune teintée, si les roulements avaient été mieux huilés!
Bon, ben ok merci quand même, bonne journée!! Haha! 
Pauvres de nous, condamnnés à rester aux mal-barrés!
Bon, opération jerricans!
Le hard ware juste a côté à l'air parfait.
D'ailleurs c'est vrai qu'il y a plein de belles choses pour la maison!
On y repaire une belle fontaine d'extérieur en pierre, des pendules avec des looks originaux, un superbe barbecue, Hugues on pense à toi!
Il y a aussi des meubles de salle de bains, avec des miroirs...
Je vois à quoi je ressemble!!
Haha, je réalise que je sortirai pas de la maison avec un look pareil si j'étais à Cavaillon, dans ma vie quoi!
Quel sentiment de liberté on ressent quand on n'a pas à faire attention à l'image que l'on renvoit.
La représentation est tellement secondaire dans cette vie là.
Enfin pour être tout à fait exacte, c'est pas ça.
On reflète quelque chose aussi, c'est certain.
Mais c'est à des années lumières que ce que je peux refléter dans la vie citadine.
Ici quand on nous voit débarquer en ville, c'est l'histoire du loup blanc dans la meute.
Je vous rappelle que Tobago n'est pas du tout connu pour son tourisme!
Et de toute façon, nous n'avons pas l'attitude de touristes, mais plutôt de voyageurs.
Il y a qu'un seul voilier dans la baie... nous!
Et au vu des infrastructures, il doit pas y en avoir souvent!
Alors nous sommes vite répairés.
D'ailleurs les taxi drivers ne nous interpellent plus, nous avons mis  un code en place un  jour avec eux!
D'un petit geste plein d'humour on leur a fait comprendre que c'était pas nécessaire, un doigt sur les lèvres pour dire chuttt, les ont bien fait rire, et maintenant ils nous appellent "my friend!"
Dans les magasins, on nous demande si c'est nous sur le voilier bleu, en fait ils le savent mais veulent en avoir confirmation.
Nous avons même refusé des candidatures pour devenir équipiers!
Bref quand nous allons à terre, avec nos short tout mouillés au niveau des fesses, merci l'annexe, nos cheveux dans tous les sens, nos cernes assumées mais rieuses, nos sacs à dos, notre fleur à la bouche, nous reflèletons forcément quelque chose.
Et à cet instant précis, je me vois dans le miroir...
Je regarde pas de trop prêt, mais l'image me fait sourire un peu plus...
Je me sens bien, je me sens libre.
La découverte du magasin se poursuit, et nous sillonons tous les rayons!
Mais malheureusement, il n' y a pas de jerrican à eau.
Ceux pour le gasoil ou l'essence, sont dans un plastique de très bonne qualité mais trop cher pour transporter de l'eau, faut pas exagérer qd mm!
Bon, nous avions 2 missions, ça a donné 2 choux blancs.
Et toujours ni mail ni appel de Shookay's!
Ca mérite un café en ville pour se remettre!
Oup's on a pas précisé assez tôt, no milk, expresso please.
Nous avons droit à des bols de café au lait bien fumants! Hahaha!
Là où nous sommes enfin comblés, c'est à notre super stand de fruits!
Le vendeur nous accueille les bras grands ouverts, il est content de nous voir tous les jours lui dévaliser son stand!
Un petit tour au supermarché, pour le fromage et le pain de mie et nous rentrons au bateau.
La matinée se terminera tranquillement, sans nouvelle de Sookai's.
Il est l'heure de notre repas!
C'est fou ce que les fruits et le fromage ne se gardent pas ici!
Le tout suivi de la sieste bien sûr, c'est une institution la sieste dans les iles!

Bon allez, plus moyen de reculer; va falloir faire l'eau!
Le plus dur c'est de s'y mettre!
Allez, on charge l'annexe de 3 jerricans et 3 seaux.
Ca fera des voyages de 60 litres. Il en faudra 7.
Il nous faut aussi le tuyau et le bon raccord pour pouvoir s'adapter sur le robinet des pécheurs.
Une fois que nous sommes au point, c'est parti.
Un bateau de pécheur s'est mis au milieu.
C'est un peu casse pied, faut manoeuvrer devant.. mais bon on a de la ressource.
Nous faisons notre premier voyage sous l'oeil attentif des 2 pécheurs en question, qui regardent les blancs au boulot!
Ca les fait marrer de nous voir faire, faut attacher l'annexe, en sortir, brancher le robinet, remplir les gerricans et seaux, retourner au bateau, remplir les réservoirs, et revenir, recommencer.
Au 3ème voyage, ce sont nos meilleurs amis, on rigole, ils nous aident, on a plus besoin ni d'attacher l'annexe, ni d'en sortir, ils nous gèrent le tuyau et le robinet.
Nos 7 voyages se font dans la bonne humeur, et dans la rigolade et récompensés par la satisfaction du travail accompli.
Nous avons une réserve de 360 litres dans le bateau plus 3 jerricans de secours.
Pensez y quand vous ouvrirez votre robinet la prochaine fois, quel luxe! 
Et nous avançons dans notre quète, puisque nos amis pécheurs nous ont appris que le real tabaco, en fait s'achète sous le manteau au marché!!!
Ha ben voilà, on risquait pas d'en trouver!
Alors peut être que si le gars n'est pas le cousin de Bani , nous aurons un sachet pour demain matin, il s'occupe de nous.
Un peu plus tard dans l'après midi les premières notes de Jim Morrisson se mettent à résonner dans le bateau!!!
Notre copine Christal nous annonce la bonne nouvelle, la pompe est presque prète! 
Elle peut partir demain soir de trinidad en bateau.
Il faut juste qu'elle passe en vérification et que nous fassions le réglement à la banque.
Bonne surprise, la note n'est pas trop trop salée.
3878.17 $ TT ... allez à vos calculettes!
Le taux de change est de 1euro pour 7.67 $ TT... 

carte tobago

Vous croyez pas qu'on va tout vous mâcher le travail quand même! Haha! 
La banque n'étant ouverte que le matin, ça sera pour demain matin.
C'est une bonne chose, mais malheureusement elle ne pourra partir que demain soir au mieux, et donc le temps de la réceptionner, de la remonter, d'avoir la météo et de faire route... ça sera trop tard pour mon avion.

Voilà le couperet est tombé, je partirai en avion de Tobago, et Jennifer d'Orion et son capitaine seront seuls pour les derniers 72 miles.
Mais ça fait plaisir de savoir que ça avance.

Je vous passe les détails pénibles du paiement à la banque.
La carte bleu non acceptée pour ça... courir de guichets en guichets pour retirer la somme en espèce et faire le virement.
Mais à midi, tout est fait, Christal peut faire partir la pompe.
Nous profitons des derniers jours pour s'échanger toutes nos photos, copier les enregistrements audios que nous avons fait...
Mettre de l'ordre, autant dans les fichiers que dans nos têtes.
Se préparer à se séparer.
Partagée entre le plaisir de retrouver la maison et ses occupants, et la difficulté de partir d'ici et de laisser mon père.
Je trouve que les journées passent de plus en plus vite.

D'autant que la pompe n'arrive pas aussi vite que ce qu'on voudrait...
Apparemment des problèmes de coursier pour la mettre au bateau!!
La lègendaire lenteur des iles!

Arrive le jour J, celui de l'avion...
La pompe n'est toujours pas arrivée, je ne serai même pas là pour passer la clef de 17...
C'est vraiment avec une grosse sensation de tristesse que je réalise que j'ai connu le bout du monde et que je suis entrain d'en partir.

Même plus envie de faire de photos, 2h avant de partir à l'aéroport je me décide à réunir et à ranger mes affaires...

J'ai 4 avions et un train à prendre... 53 heures de voyage en tout.
Avec une nuit en Martinique.
Ca va le faire! Il faut que ça le fasse...
Au fur et à mesure des vols, je commence à entendre parler français...
J'ai pas envie de m'y mettre, je continue en anglais moi!
C'est dur de rentrer, heureusement qu'à la maison des gens que j'aime et qui m'aiment, m'attendent.
Il n'y a pas loin pour que je me trompe de sens dans la file et que j'y retourne... vraiment pas loin!
Je n'aime pas laisser Jennifer et son capitaine seuls là bas.
C'est d'ailleurs assez révélateur d'écrire seulement Jennifer, plutôt que Jennifer d'orion, je laisse un bout de moi à Tobago et ce morceau là va me manquer.
Il va falloir refermer ce livre d'images et reprendre le cours d'une vie normale.
Je vais retrouver le confort qui parfois me faisait défaut, mais je laisse l'exotisme, le dépassement de soi, la valeur des choses et je sais que ça va être difficile de se passer de tout ça.
Quand on est en voyage comme ça, il y a tellement de choses qui passent au second plan.
On véhicule autre chose, le sens de la vie, la liberté, les vraies valeurs.
On n'hésite pas à s'assoir par terre sur un morceau de trottoir, si c'est la seule place qui nous offre de l'ombre...
De toute façon le short ne craint plus rien, alors un peu plus ou un peu moins! 
On profite simplement du moment présent, on règle les choses au fur et à mesure qu'elles arrivent.
En navigation encore plus, seules les choses essentielles ont de l'importance; avoir de l'eau douce, du soleil pour charger les batteries, pour la lumière, les instruments de navigation, les pompes à eau...
Le vent  les nuages, les voiles, le reste n'est que futilité et de toute façon on y pense même plus.
Je suis triste, faire ce deuil ne va pas être facile.
Bien sur, ce n'était qu'un mois et demi mais quelle tranformation dans ma tête!
D'après certaines personnes, j'étais déjà, avant ça "insaisissable", je crois que ça va être pire!
Je me rappelle d'une émission télé ou Kersauson fumait une cigarette et le présentateur lui disait qu'il était interdit de fumer sur un plateau et lui demander de l'éteindre.
Il lui a répondu:

"quand tu auras traversé un océan et que tu en auras autant chié que moi, tu pourras peut être commencer à envisager de pouvoir m' interdire quelque chose.
Mais tant que tu en es pas là, n'y pense même pas!"


Ca m'avait fait rire, maintenant je comprends!
C'est ça l'insaisissabilité!
En voyage, je parle du voyage au long cours, en bateau, en camping car ou à dos de chameau...
Rien ne nous retient, sauf parfois une pompe à injection, mais ça n'est que du temporaire...
Les gens savent qu'ils n'ont pas de prises sur nous.
En fait, la vie est un voyage.
Où que nous soyons, quoique nous fassions, il ne faut pas oublier que nous sommes en voyage.
L'erreur que l'on fait, c'est de s'attacher et de s'enchainer à des choses futiles et sans importance.
Sommes nous plus heureux parce qu'on a un super écran plat et un échelonnement sur 10 mois pour le payer, ou quand le spectacle qui s'offre à nous, ravit nos yeux et nourrit notre esprit par la découverte d'autres cultures d'autres paysages?
Lorsque nous sommes obligés de parler anglais pour se faire comprendre?
Sortir de sa zone de confort, et s'apercevoir que nous en sommes capables.
Alors bien sur tout ça à un prix et se fait au sacrifice de certaines choses. 
Quand je parle de prix, ne vous méprenez pas je ne parle pas d'argent, moi même je n'en ai pas, je n'en ai jamais eu et je sais que j'en aurai jamais... il me brûle les poches!
Mon père, c'est encore pire que moi...  mais ça ne nous empêche pas d'être riche dans la tête et de mener grand train, grand train de liberté.
Alors si un jour je rencontre quelqu'un qui est allé se perdre à Tobago, je lui demanderai:
Ha Génial, Et Bani, tu le connais?
Et Tobago, tu en gardes quoi comme souvenirs?
Tu l'as fais en long en large et en travers pour trouver une connection internet?
Où même pour trouver un endroit pour imprimer tes billets d'avions?
Est ce que tu as discuté avec les locaux?
Est ce que tu les as fait rire avec ton accent?

Et surtout, est ce que tu as ressenti la transformation en toi?
Est ce que tu as eu tes réponses?
Parce que moi oui!

Si vous êtes encore là, c'est que vous avez eu le courage de lire jusqu'au bout, un texte sans image.
Je n'avais pas envie d'en mettre sur ce post, mais quand même pour vous remerciez, vous pouvez visiter ma tête quelques instants, pour voir mes images à moi!


Ciquez sur la vidéo!
Bande son signée JCP en personne!

Mainstreet

 

Le livre d'images:
Bande son JJG !

Le livre d'images de Guyane à Tobago